C’est exactement ce que les hôtels-boutiques design comprennent de mieux
en mieux ces dernières années.
Une chambre
d’hôtel est bien plus qu’un lit accompagné de quelques commodités. C’est un refuge.
Un bouton pause dans votre voyage. Et de plus en plus souvent, c’est une subtile leçon sur ce qu’est vraiment le repos.
Simple. Mais juste.
Prenez l’exemple de l’Ace Hotel à Kyoto. Dès l’entrée, vous sentez que chaque détail a été pensé. Il ne s’agit pas d’ajouter toujours plus,mais de retirer ce qui est superflu. Pas de télévision qui vous fixe au bout du lit. Pas de bureau encombré de brochures. Un simple lit bas avec un linge de lit fraîchement lavé. Un fauteuil près de la fenêtre. Une lampequi diffuse une lumière chaleureuse, loin de l’éclat froid d’un néon. Pas même enlumière indirecte.
La chambre respire. Et vous respirez avec elle.
Ce n’est pas un hasard, explique l’architecte Jeroen Maesen de Mamu Architects, qui a notamment conçu les 22 chambres de l’hôtel de charme De Groene Hendrickx à Hasselt. « La sérénité commence par ce que l’on choisit d’enlever. Chaque chambre d’hôtel que je conçois commence par cette question : de quoi une personne a-t-elle vraiment besoin pour se ressourcer ? Ensuite, je supprime le reste. »
Moins, c’est plus. Mais en mieux.
À l’August à Anvers, ce principe se retrouve
dans chaque détail. Les couleurs sont
douces, sans être monotones. Beige, gris,
blanc chaud. Des textures que l’on a envie
de toucher : chêne brut, laine douce, linge
frais. Rien ne cherche à capter l’attention.
Tout invite à rester.
Autre point intelligent : l’éclairage. Pas de
plafonnier central qui écrase tout. À la place, plusieurs sources lumineuses disposées à différentes hauteurs. Une liseuse à côté du lit. Un lampadaire dans un coin. Un éclairage
indirect derrière la tête de lit. À vous de
décider de l’intensité et de la direction de
la lumière. Cela peut sembler technique,
mais l’effet est profondément intime.
Et puis il y a le son. Ou plutôt : son absence.
Au Morgan & Mees à Rotterdam, un hôtelboutique intime d’à peine vingt chambres, tout est pensé pour offrir un confort inspirant et un charme apaisant.
Tous les espaces du bâtiment sont aménagés de façon unique avec des éléments de design modernes, tandis que les boiseries d’origine, les moulures, les sols et les carrelages ont été conservés.
Pas de décoration superflue, pas de surcharge sur les murs. À la place, des
matières naturelles. De la laine douce qui
réchauffe le linge frais. Des matières qui
contrastent sans s’opposer. Qui invitent au
toucher, pas seulement au regard.
Même le bruit de la ville est délicatement filtré grâce au double vitrage et aux murs épais. On devine la ville sans qu’elle s’impose. Ce sont des choix que l’on n’identifie pas tout de suite, mais que l’on ressent dès l’entrée.
« Le silence n’est pas l’absence de son »,
dit Maesen. « C’est un repos choisi. Qui
demande à être attentif à ce que l’on
n’entend pas, ne voit pas, ne ressent pas. »
Que retenir de tout cela ?
Inutile d’engager un architecte d’intérieur
pour transformer votre chambre. Mais
vous pouvez vous inspirer de ces quelques
principes.
Commencez par la couleur. Préférez les
teintes qui vous apaisent plutôt que celles
qui vous stimulent. Pensez au sable, à la
pierre, au lin non blanchi. Des tons inspirés
de la nature. Ils apaisent sans jamais envahir l’espace.
Tenez compte de la texture. Le toucher d’un
drap lisse n’a rien de comparable avec celui du lin lavé. Le plancher offre une sensation bien différente de celle d’une moquette. Alternez le doux et le ferme, le chaud et le frais. Cela crée de la profondeur sans alourdir l’espace.
Investissez dans l’éclairage. Un seul
plafonnier ne suffit pas. Prévoyez plusieurs
sources lumineuses à variateurs individuels. Pour éviter l’éclairage clinique le soir et l’obscurité d’une grotte le matin.
Retirez ce qui n’a pas sa place. Pas d’affaires de travail sur votre table de nuit. Pas de panier à linge en vue. Pas d’appareils qui clignotent ou bourdonnent. Si cela ne contribue pas au repos, cela n’a rien à faire là.
Et enfin : osez laisser du vide. Un coin sans
meuble. Un mur sans oeuvre. De l’espace
pour respirer. Au sens propre comme au
figuré.
Le mois dernier, j’ai séjourné au Hoxton à
Paris, et une petite carte était posée sur
l’oreiller. « Welcome to your quiet corner
of the city. »
C’est exactement cela. Votre chambre n’a
pas besoin de devenir un hôtel design.
Mais elle peut devenir votre parenthèse
de silence. Même au coeur de l’agitation.
Ou tout simplement chez vous.
